Dans les tréfonds de ma mémoire
Le samedi 4 août aura lieu un grand vide-garage à côté du home pour personnes âgées de ma maman. C'est un événement car dans ces 2 garages, qui n'accueillent plus de voitures depuis des lustres, dorment les trésors de ma famille accumulés au fil des ans, notamment par ma grand-maman Simonet, plus connue dans notre clan sous le doux nom de : "Grand-Maman de D.".
La GMD a elle-même dirigé 3 homes durant sa vie. Elle fut l'une des pionnières du métier et ouvrit son premier établissement à Auvernier. C'était au début des années 60. Elle m’avoua un jour avoir débuté son activité en facturant le prix hallucinant de Sfr. 5.- par jour et par pensionnaire ! Ils vendirent le home à leur fils, mon oncle Eric. Durant quelques années, elle s'occupa encore de pensionnaires à Cormondrèche, dans un grand appartement-terrasse qu’ils louaient.
En 1980, ils achetèrent une villa à D. avec mon grand-papa Simonet (Grand-Père de D.).
C'est là que j'interviens...
Nous habitions alors le canton de Vaud avec ma mère et Baba, mon frère. Pratiquement toutes nos vacances scolaires, mais aussi nos maladies (rougeole, varicelle, rubéole et bien d'autres), nous les passions à D. dans le home des GP (les Grands-Parents). Or nous vécûmes une enfance fantastique au milieu de ces résidents parfois vieux, parfois étranges, souvent gentils, mais aussi très impressionnants. Du reste, il n'y avait pas que des "vieux". Il y avait aussi des handicapés mentaux légers, voire moins légers ! Vous imaginez les fous (!) rires que nous avons pu avoir Baba et moi durant ces vacances hors du temps. Les pensionnaires étaient des personnes généreuses, surtout dans le sens affectif, et ils nous adoraient, du moins certains d'entre eux. Il y avait tout ce qu'on voulait au home des GP : une grande télévision au salon, des jeux de société à ne plus savoir qu'en faire, un grand terrain arborisé pour s'amuser, des balançoires, des animaux domestiques, chats, chiens, oiseaux, et même une tortue qui avait été vendue avec la villa. Figurez-vous que Caroline fêtait déjà fièrement 30 ou 35 ans à l'époque d'après le vendeur et qu'elle vit toujours là actuellement ! Ce n'est plus seulement un home pour personnes âgées aujourd'hui, mais un EMS pour Chéloniens en retraite !Parfois, un hôpital psychiatrique appelait la GMD et lui demandait si elle avait de la place pour accueillir une personne en convalescence. Il y avait toujours de la place chez la GMD, et s'il n'y en avait pas, on en faisait !
Ainsi, Paul-Henri nous rendit plusieurs fois visite au home durant notre enfance. Jamais de ma vie je n'avais vu un personnage aussi paradoxal et impressionnant. Ses grands yeux clairs vous fixaient durement comme si vous étiez en faute, et il promenait sa grande carcasse sans arrêt du rez-de-chaussée au premier, du premier au rez-de-chaussée, et sortait promener. Il était malade des nerfs et il lui était impossible de tenir en place plus de 10 secondes. C'était une véritable pile sur pattes. En quantité colossale, il fumait des horribles cigarettes "Blue Ribbon" ou "Virginie" sans filtres. Ses doigts étaient un affreux mélange de jaune nicotinique et de noir crasseux, car il tirait systématiquement ses clopes jusqu'au bout. Je l'ai toujours soupçonné de ne pas ressentir la douleur. Comme je l'ai signalé, il était grand et pour qui ne le connaissait point, une première rencontre se soldait souvent par une peur panique. Pourtant Paul-Henri était d'une gentillesse inimaginable et d'une érudition à vous faire tomber par terre ! C'était toute sa contradiction. Il pouvait vous réciter la vie de Mistinguett ou de Piaf sans en oublier un épisode. Ou bien alors, on lui demandait la signification d'un mot. Invariablement, et comme une litanie religieuse, il vous donnait une définition lexicale parfaite du mot en question. Quand il ne savait pas, il vous le disait : "Je ne connais pas ce mot". Pour rire, je fis venir mes amis Gérard ou Vincent, pour leur "foutre les boules". Mais une fois qu'ils connurent Paul-Henri, ils revinrent volontiers pour le voir, même les années suivantes.
Il y avait aussi Yvonne, une pensionnaire résidant à plein temps. Tout le monde l'appelait Mzelle Yvonne. Ce n'est que plus tard que je compris la bizarrerie de ce sobriquet. J'ai honte de l'avouer aujourd'hui, mais il nous arrivait à Baba et moi de la mettre dans une rogne terrible. En effet, Mzelle Yvonne était atteinte d'une forme légère de mongolisme et elle était hypersensible. Chaque après-midi, après le repas, elle transportait comme un rituel ses dizaines de peluches et poupées de sa chambre à la salle à manger. Elle étalait alors tous ses biens comme des trophées sur la table à manger débarrassée et s'asseyait pour tricoter. Elle tricotait des pull-overs, des bonnets, des chaussettes pour ses poupées. Elle ne faisait pratiquement que cela de ses journées, mais elle le faisait bien. Elle parlait peu, Mzelle Yvonne. Baba et moi, nous tentions quelquefois de lui ravir un de ses protégés. Vous auriez alors dû voir la tête qu'elle faisait. Elle devenait comme folle et se mordait la main puis frappait du poing sur la table à vous fracasser les tympans ! Elle devenait rouge de colère et écumait de rage ! Nos techniques pour la fâcher allaient comme je l'ai dit de "l'emprunt" d'une peluche à la simulation d'une bagarre entre Baba et moi, en passant par un "nettoyage" complet et rapide de la table à manger (oui, on renversait toutes les peluches d'un coup!), suivi d'une course-poursuite dans le home. Le pire, c'est qu'il m'est même arriver d'inviter des copains pour assister au carnage. Un jour, la GMD nous engueula tellement fort, et ce fût si singulier de la voir en colère de la sorte, que l’on n’a jamais plus recommencé.
Je regrette sincèrement ces épisodes et je vous demande de me pardonner Mzelle Yvonne, du haut de votre nuage. Elle nous a quitté vers la fin des années 90, je crois.
Un jour, je vous raconterai peut-être les histoires rocambolesques de Jean-François, Gaby, Monsieur Froidevaux, Madame Vuilleumier, Monsieur Schaller, Monsieur Mügli et tant d'autres... Je pourrais écrire un bouquin. Si ça vous intéresse, j’écrirai l’épisode où nous jouions au Monopoly, Baba et moi, avec Jean-François, un pensionnaire aujourd’hui toujours résidant au home et qui en porte le titre de doyen en ancienneté. Nous trichions comme des malhonnêtes pour gagner les parties. Et ce pauvre Jean-François n’y voyait que du feu…
Enfin tout ça pour dire que le samedi 4 août, nous ressortirons des garages et de nos mémoires poussiéreuses les bibelots et souvenirs de nos enfances. Hier, j’ai appelé mon frère pour lui demander s’il voulait venir. Il sera également de la partie.
En fait, je voulais surtout indiquer aux lecteurs de magma.romandie.com, que je compte mettre la main sur ce que je considère comme les plus grands trésors de la famille : les lettres d’amour de mon arrière-grand-père Alfred Besson à sa muse, qui allait devenir mon arrière-grand-mère, Sophie Matile. Là encore, on pourrait écrire un roman sur leur vie, ce que la GMD a entreprit d’ailleurs dans les années 90, mais qu’elle n’a pas terminé. Elle s'en est allée en septembre 2002.
Les manuscrits datent du début du XXème siècle. Je me souviens les avoir vus pour la première fois dans le galetas du home, alors que j’étais enfant. Je me rappelle très bien de la fine écriture en « pattes de mouches » et surtout du contenu enflammé de ces relations écrites. Il y en avait des dizaines. Dès lors, mon but est d’en publier certaines sur mon blog, afin d’en faire profiter ma famille toute entière, ainsi que les gens que cela intéresse. Sachant qu’ils eurent 9 ou 10 enfants (maman, tu me corrigeras), et qu'Alfred mourut en 1924, lâchement assassiné par un mystérieux ivrogne qui fut condamné à 7 ans de prison, ces textes prendront encore une nouvelle dimension romanesque, non ? D'autant que la famille a toujours soupçonné la franc-maçonnerie de se cacher dans l'ombre de cet assassinat. Brrr, ça me fait tout drôle ; j'ai l'impression d'être sur le point de découvrir un trésor.
Alors je vous donne rendez-vous pour le dimanche 5 août, avec un article consacré à ces lettres. Bien entendu, j’espère qu’elles n’ont pas disparu dans les affres du temps… Pourvu qu’on les retrouve !



Posté par H-IL — 19 Juil 2007, 06:32
Ouais, et encore tu sais pas tout !
A+
Posté par magma — 18 Juil 2007, 21:10
Non seulement un sale gamin , mais tricheur en plus. Faute avouée à moitié pardonnée. Mais le devrais-je ?
BonVac & au 5 août. Prends soin d'ton p'tit et d'ta p'tite.
Posté par H-IL — 14 Juil 2007, 17:15